Là naît la pensée magique

déc 5, 2011 by

« Ça vous arrivera. C’est pour ça que je suis là. »

Ça, c’est la mort. Ça nous arrivera. C’est pour ça qu’elle est là, pour nous faire partager ça.

Sa mort à elle, c’est son mari. Il est parti. Ils s’apprêtaient à dîner et sa vie s’est arrêtée. Mais il va revenir. Il va lui revenir si…

Là naît la pensée magique.

Si elle ne revient pas sur leurs souvenirs, alors c’est sûr, il va revenir. Là où les eaux sont tranquilles, au loin du vortex qu’elle voit venir. Elle ne perd pas les pédales, mais elle l’appelle, il est là, avec elle, dans un univers parallèle. Là à Los Angeles, New-York ou Honolulu, là où ils sont tous les deux et leur Quintara Roo. Là où elle avait toujours raison, là où elle avait toujours le dernier mot. Là où elle peut retoucher le scénario. Là où ça va aller, là où elle est là, en sécurité. Là, une année.

Après, le deuil, les dispositions, les autres, l’acceptation. Après une année de souvenirs et de soupirs. Après une année à lui écrire.

L’après. La vague de la vie. Elle la sent. Il lui a dit.

C’est au cœur de cette pensée en direct que nous plongeons, nous et Joan Didion. John Gregory Dunne et elle formaient depuis quarante ans un couple d’écrivains (journalistes, essayistes, scénaristes) à la complicité d’exception dans l’espace culturel du XXe siècle américain.

A la mort de John, Joan remercie les services sociaux, les soutiens moraux et la victimisation pour se sauver dans l’écrit. En ressort le roman de sa survie, entre lucidité et folie, une course en Corvette vers l’inconnu qu’elle ne réglera pas avant son dernier jour venu.

C’est en l’adaptant pour le théâtre, à la mort de sa fille Quintara Roo, qu’elle élargit le débat et tend la main à chacun en partageant son année télégraphique passée dans l’univers parallèle de la pensée magique.

Après en avoir obtenu les droits détenus par le Théâtre de l’Atelier, Thierry Klifa s’empare de la pièce et y apporte son amour pour un texte qui l’a accompagné à un moment de fragilité en faisant appel à l’acteur, scénariste et réalisateur américanophile Christopher Thompson afin de traduire en français sa « musicalité et son rythme si particuliers ». Pour sa première mise en scène, l’ancien journaliste devenu entretemps réalisateur pour le cinéma en confie l’interprétation à une actrice d’exception.

Fanny Ardant incarne Joan Didion avec simplicité, tenant la barre entre présent et passé et se laissant aller sur la terrasse américaine reconstituée, laissant parler le texte sans s’interposer, jouant de la manière la moins rationnelle sa partition évoluant à chaque représentation, et faisant don de sa voix à cette tragédie universelle qui porte et parvient à toutes les oreilles.

Passez L’année de la pensée magique au Théâtre de l’Atelier, jusqu’au 30 décembre 2011.

Théâtre de l’Atelier
1 place Charles Dullin 75018
01 46 06 49 24

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