Les lettres sont dangereuses
« C’est indépendant de ma volonté. »
Cécile de Volanges m’a laissé entrer. Sortie du couvent, sa chasteté n’est désormais plus chair à marier.
« C’est indépendant de ma volonté. »
Danceny a trébuché par hasard sur notre rivalité. Le chevalier a trempé par dépit son épée en plein cœur de votre réputation transpercée.
« C’est indépendant de ma volonté. »
Madame de Tourvel, me résistant, m’a attiré. Elle est morte tourmentée entre son Dieu vertueux et ma perversité.
« C’est indépendant de ma volonté. »
Vous vous êtes de mon émotion vengée. Ma récompense est d’avoir été par votre sexe dominé.
Mais c’est indépendant de votre volonté.
Je suis mort amoureux, ému, heureux. Vous survivez sans moi -votre amant aimé d’autrefois- révélée, vérolée, l’âme démaquillée.
L’acteur américain John Malkovich met en scène l’éternelle lutte des sexes répétée par la marquise de Merteuil et le vicomte de Valmont, aristocrates aux mœurs immorales et maniérées. Asservissant l’amour à leur cruauté, l’un et l’autre prennent un malin plaisir à manipuler, mettant à petite mort leurs proies outragées avant même d’avoir été possédées.
Interprétées par une troupe d’acteurs pour la plupart auditionnés à leur sortie du Conservatoire (Julie Moulier, Yannik Landrein, Jina Djemba, Rosa Bursztejn, Mabô Kouyaté, Lazare Herson-Macarel, Pauline Moulène, Lola Naymark et Sophie Barzac), ces lettres recueillies dans une société échangées entre deux monstres maquillés s’enveloppent de modernité, encre et papier étant maintenant remplacés par tablette tactile et clavier. Le texte de Choderlos de Laclos, adapté pour le théâtre par le dramaturge britannique Christopher Hampton et traduit en français par l’assistante de mise en scène Fanette Barraya, se met à nu sur une scène aux faux airs de plateau de cinéma.
Les liaisons dangereuses sont actuellement publiées pour l’instruction de quelques autres au Théâtre de l’Atelier.
Théâtre de l’Atelier
1 place Charles Dullin 75018 Paris
01 46 06 49 24






