Gueules d’histoires

nov 4, 2011 by

Un nez, des yeux, une bouche. Une gueule. Et pour la raconter, une histoire en toute continuité.

« Je pars vers nulle part, mais j’ai envie de dire quelque chose. » C’est comme ça que travaille Delphine Courtois, tirant des traits de travers à la mine de plomb, patinant sur le papier et les proportions pour arriver quelque part qui ressemble à quelque chose se situant entre des caricatures de personnes qui n’existent pas, ou bien après coup, et des gens, sapés surtout, croisés un peu partout.

A la pointe de son crayon au caractère bien taillé, la dessinatrice crée des personnages déraillés aux gueules angulaires et aux corps cahoteux que l’on pourrait sans peine rencontrer accoudés au zinc d’un bistro du début du siècle dernier, leur style rétro s’accordant en tous points à ses tonalités. Des gens ordinaires, mis en situation au sein même de fractions de leurs quotidiens, leurs vies de comptoir concentrées sur croquis et jaunies à jamais sous le vernis.

S’inspirant de Schiele, Daumier et De Crecy, c’est à Reiser que la M’zelle Courtois dit aspirer, son trait d’humour oscillant sans cesse entre tendresse et causticité.

Autodidacte, c’est en exposant dans des cafés parisiens que l’artiste peintre a commencé par se faire connaître, avant d’entrer aux Beaux-Arts pour en sortir un peu plus tard. La suite, ce sont des hasards successifs, qui l’ont fait atterrir entre autres Chez Camille, puis à L’Alibi, à L’Endroit ainsi qu’à La Cave des Abbesses, établissements montmartrois qui prêtent leurs murs à l’étalage de ses créations.

A côté, c’est sur le thème imposé de Monsieur et Madame votent qu’elle colle des couples colorés sur les étiquettes des bouteilles du café La Fourmi. Elle collabore aussi avec l’auteur Didier Drummond à la mise en images de Voyage au bout de la nuit de Céline.

Parvenant à vivre de son art, la dessinatrice a par ailleurs mis son talent au service de livres pour enfants aux éditions Textivore, pour lesquelles elle a illustré les Fables de La Fontaine contées par Jean Rochefort, Gargantua par Jean-Pierre Cassel, Le Carnaval des Animaux par Elie Semoun ainsi qu’Ali Baba et les Quarante Voleurs par Smaïn. Affiches de théâtre, couvertures de disques et contributions à des campagnes publicitaires sont également à mettre à son crédit.

Ayant récemment troqué l’activité montmartroise pour la tranquillité campagnarde, Delphine Courtois s’attelle actuellement au renouveau de son art. Si elle remplace son vernis à bois, devenu introuvable, par du Plexiglas, c’est surtout en reprenant la peinture, arrêtée depuis cinq ans, qu’elle s’apprête à faire un autre pas en avant, vers…quoi ? Les galeries d’art, la presse écrite, l’animation ? En attendant de voir, rendez-vous vite sur son site et entrez dans l’univers viocard de la M’zelle en jaune et noir.

M’zelle Courtois

2 Comments

  1. madame mère

    Dis, c’est quoi un univers viocard ?
    J’en ai dans mon placard ?
    Ou bien , pour moi, il est trop tard ?

  2. Augustin

    Viocard c’est vioque, vieillot en populo.

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